mardi, 11 novembre 2008
HOMMAGE "LETTRES D'AILLEURS"
Hommage à mon grand-père qui avait 18 ans en 1914.
Je vous livre ici mot pour mot, sans rectifier ni une virgule, ni une faute, quelques correspondances avec sa famille et ses amis.

Toulon, le 14 Août 1914 (Jean)
A l'occasion de la Ste Marie je te souhaite une bonne fête, mais le souhait qu'on désire le plus c'est bien la fin de cette maudite guerre,
n'est ce pas ?
Toulon, 20 Août 1914 (Jean)
Chères soeurs,
Aujourd'hui, le temps me paraît long, comme tout les réservistes il faut rester à la caserne et faire des corvées, car c'est tout ce que nous faisons depuis notre arrivée; en tout cas si c'est moins glorieux, c'est beaucoup plus sûre et c'est je crois ce que chacun cherche.
Voissant le 20 Septembre 1914 (Alexandrine)
Jean nous écrit une carte de Diamude, il allait bien mais si tu a vu le journal, il y a eut un violent combat de fusiliers marins mardi. Lucien en est revenu avec son bras coupé, c'est bien triste.
Je désirerai qu'une chose c'est que Jean ai une petite blessure pour venir nous rejoindre...
Voissant, le 19 Octobre 1914, (Alexandrine)
Jean, je pense qu'il est à Toulon, nous n'avons reçu qu'une carte il y a déjà longtemps... Ici la vie n'a pas changée, la guerre semble loin...
Toulon, le 27 Octobre 1914 (Jean)
Dehors, je ne sais pas ce qu'on peut recevoir des Prussiens, car ils ne respectent pas plus les ambulances qu'autres choses, enfin il faut espérer qu'ils sont partis pour de bon cette fois. Pour ma part, je m'ennuie plutôt ici, et je ne serais fâché de vous voir d'un peu plus près. Il y a des marins qui partent en Autriche, d'autres vers Paris et je serais content de les suivre...Mais je crois qu'ils vont nous emmener dans le nord.
La Panne, quelque part en Belgique, le 9 Novembre 1915 (Jean)
La santé est toujours bonne, ici il commence à tomber de l'eau tout les jours, quel sale pays que la Belgique, on a à peine quelques mois de bon temps et nous voilà de nouveau dans la boue et dans l'eau jusqu'aux genoux pour au moins le premier mois.(Photo avec la carte postale) "c'est la maison d'un Bôche qu'on a fait sauter à la mélinite et non avec un canon de 75. Il avait aménagé des plateformes pour y placer des canons."
Dunkerque, le 23 Novembre 1914 (Jean)
Aujourd'hui, il pleut, le temps est gris. Nous ne savons pas ou ils vont nous emmener cette fois. Cela fait trois jours que nous faisons rien; on attend.
Voissant, le 19 Décembre 1914 (Alexandrine)
Les champs sont couverts de neige, Jean est toujours à Dunkerque. Il parait qu'ils vont partir pour Toulon.
Voissant, 4 Janvier 1915 (Alexandrine)
Ici les Bôches nous laisse la paix, on ne les voit guère. Jean est depuis une semaine à Toulon..
Voissant, le 4 Janvier 1915 (Alexandrine)
On n'est sans nouvelles de Jacques, J'ai appris la mort du pauvre François. Auguste est venu en convalescence . Il part demain pour Bourgoin ou il pense rester quelque temps car il a toujours sa balle , on ne la lui a pas encore extraite. C'est bien triste de toujours attendre, la guerre brise bien des situations...
Voissant, le 5 Janvier 1915 (Alexandrine)
C'est plutôt triste de voir ces pauvres gens dans la boue qui reviennent des tranchées, qui se plaignent de l'eau, il y a des pauvres soldats qui ont les pieds gelés... .
106ème territorial 13ème Compagnie
Le 14 Mars 1915 (Joseph)
Ici, il y a des centaines de blessés j'espère que cette guerre finira bientôt. Me voila aussi solide qu'avant, avez-vous des nouvelles de Jacques?, de Jean ? Ecrivez-moi vite.
Voissant, le 23 Mai 1915 (Alexandrine)
Cher Jean,
Te souviens tu de Paul, et bien il est mort pour la patrie; il a racheté ses fautes... Ici la vie semble bien longue, reviens-nous vite.
Formerie, le 3 Juin 1915 (Louis Grandin)
Il ne faut pas se faire d'illusions, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Si vous saviez comme l'on vie ici, on ne connais même pas la date du jour, on vie comme des bête, la nuit on vient nous éveiller, on vous dit simplement qu'il est l'heure, on prend son fusil, son sabre et en route sur la voie; mais c'est très dangereux. Enfin il ne faut pas se faire de bile, on les aura.
Voissant le 4 juillet 1915 (Alexandrine)
Auguste, on l'a encore renvoyé au même endroit ou il a été blessé en septembre, toujours dans la tranchée. Alphonse est en Lorraine, il transporte les munitions pour les 75. Toujours pas de nouvelles de Jacques, Qu'est-il devenu, c'est encore plus triste que de le savoir mort.
Voissant, le 14 Novembre 1915 (Alexandrine)
Pas de nouvelles de Jean, Voissant cette année a été bien éprouvé; espérons que cette terrible guerre nous apportera bientôt la fin.
Voissant, le 31 Novembre 1915 (Alexandrine)
Il y a encore deux nouveaux décès ici , sans compter ceux de la commune, encore deux jeunes veuves et de pauvres chérubins qui ne connaîtront pas leur cher papa. Jean se bat depuis le commencement, il est toujours bien courageux. Demain, jour de larmes et de prières, tu sais c'est la guerre partout, si seulement on la savait bientôt finie.
Voissant, le 28 Décembre 1915 (Alexandrine)
Chère soeur,
Il n'y a pas grand chose de nouveau à Voissant, que le pauvre Hyppollite Baffard vient de mourir, tout le monde a bien des misères cette année, je t'envoie un joli petit soldat (photo) , je pense qu'il te plaira.
Dimanche 11 Janvier 1915 (Jean)
Aujourd'hui, c'est moins calme, les obus retombent de plus belle et presque toujours dans notre direction, j'aurai bien voulu écrire plus longuement mais ayant les Bôche depuis 5 h I/2 jusqu'à 9 h 1/2 je n'avais pas un moment à moi.
Epernay, le 22 Février 1916 (Henri Cousina).
Ma chère Marie,
Je suis parti avec la troupe hier soir de Noisyle Sec , nous avons marché toute la nuit, la neige est tombée sans cesse, nous sommes gelés. Nous devons rejoindre d'autres gars pour partir en train vers Toulon.
Toulon, le 6 Mars 1916 (Jean)
Chères soeurs,
Je viens d'arriver à bon port à Toulon il fait toujours aussi
froid.
Toulon, le 13 Mars 1916
Je dois repartir cette après midi dans les Vosges, aujourd'hui, il ne fait pas trop froid.
Paris 26 Avril 1916 (Joséphine)
Hier nous avons eu le plaisir de voir ton frère, il est reparti pour Toulon. Il ne sait pas ou il va partir cette fois.
Toulon, le 11 Mai 1916 (Jean)
Pour moi ca va très bien, je suis toujours embusqué au dépôt et je ne sais pour combien de temps encore. Je ne suis pas à plaindre mais je m'ennuie plutôt.
Voissant (Alexandrine).
Ma chère Marie,
Tu en as de la veine d'avoir des caches-corsets à l'oeil. Félicie à bon goût et si c'est pour ton trousseau, il sera épatant.
Marseille le 18 Juin 1916 (Jean)
Je suis arrivé à bon port, à Marseille il fait plutôt chaud...
Je pense partir dans une huitaine, je ne sais pas encore où.
Casablanca, le 6 Juillet 1916 (Jean)
Bien arrivé après un voyage sans problème.
Marseille, le 7 Octobre 1916 (Jean)
Ma chère soeur,
Aujourd'hui, je pensais aller en permission mais on repart demain. C'est donc renvoyé au prochain retour, et je crois que cette fois-ci nous en avons pour près de deux mois encore. Enfin, que veux tu, c'est la guerre !
Marseille, le 9 Novembre 1916 (Jean)
Chères soeurs,
Je pars demain de Marseille, écrivez moi à Mogador (Essaouira).
Marseille, le 4 Décembre 1916 (Jean)
Chère soeur,
Je viens d'arriver à Marseille et en bonne santé, je ne pourrais pas encore avoir une permission. Ce voyage est encore renvoyé à 1 mois. J'ai l'espoir que la guerre finira un jour et que l'on pourra se rattraper.
Marseille le 9 11 1916 (Jean)
Je part aujourd'hui de Marseille et je n'est rien reçu de Paris. J'espère que vous êtes toutes en bonne santé. Chez nous tout le monde va bien. Ecrivez moi à Mogador dans quinze jours, j'y serai et dans un mois à Marseille. En attendant je vous embrasse toutes. Votre frère.
Voissant, le 10 Décembre 1916 (Alexandrine)
Bien chers cousins,
Nous attendons la fin de cette malheureuse guerre qui afflige tant de famille et fait couler bien des larmes. Nous avons eut la joie de voir Jean pour ses quelques jours de permission. Il est retourner bien courageux chercher la paix qui se fait tant attendre...
Port de Rouen le 19 Décembre 1916 (Jean)
Je viens d'arriver du Maroc et je pense avoir une petite permission cette fois-ci...
Canteret, le 21 Décembre 1916 (Jean)
Ici, pas un accroc, cela devient navrant...
Voissant, le 23 Décembre 1916 (voix off Alexandrine)
Chère cousine,
Cela devient bien long, ou est cette fin, nous ne le savons pas. Auguste après avoir fait 20 mois de front est tombé malade, il est rester 3 mois à l'hôpital, il fera une convalescence chez lui; Maintenant, que Dieu lui conserve la santé, c'est l'essentiel.
Voissant, le 28 Décembre 1916 ( Alexandrine)
Chère soeur
Nous attendons encore de jour en jour l'arrivée de Jean. Mais j'ai bien peur qu'il retourne encore une fois au Maroc avant de venir.
Paris, le 29 Décembre 1916 (Josephine)
Sandrine,
Rien de nouveau à Paris, si ce n'est que tout le monde est dehors, la marchandise est rare et qu'il faut faire la queue au lait, au beurre, à la boucherie, à tout quoi ! et toujours point de chocolat sans faire la queue des heures pour en avoir une demi-livre ; c'est désolant. Enfin les opérations de guerre vont biens et espérons qu'on en verra bientôt le bout. Je t'envoie une carte de Jean qui va encore partir faire un voyage à Salonique, c'est bien lui qui aurait le droit de se plaindre et il ne le fait jamais.
Voissant, le 29 Décembre 1916 (Alexandrine)
Encore une triste année de guerre qui se termine, que nous réserve 1917 ? souhaitons vivement la victoire et la paix tant méritée. On murmure que les Allemands vont passer par la Suisse, les verrons nous encore par là, dans nos parages , il faut bien espérer que non, car il y a bien assez de larmes et de sang versé comme cela.
Paris, Dimanche 14 Janvier 1917 (Joséphine)
Toujours sans nouvelle de Jacques, tu as du voir sur le journal que nous avions ici une alerte pour les Zeppelins. Jean est revenu fatigué du Maroc et il pense qu'il va repartir ...
Salonique le 16 Janvier 1917 (Raymond Michel)
22ème compagnie Secteur 516)
Je vous envoie une jolie carte, tout ce que j'ai trouvé la bas, elles se font très rares les jolies cartes, enfin, et je vous envoie aussi mes voeux du nouvel an, et avec les espoirs de trouver une petite femme après la guerre. Mes sincères amitiés. Raymond
Salonique le 11 Février 1917 (Jean)
Nous sommes arrivées hier à Salonique après une assez bonne traversée. Hier il tombait de la neige. Aujourd'hui le temps est beau et j'espère que cela va continuer. Nous resterons probablement ici une quinzaine et ensuite nous retournerons à Marseille...
Marseille, le 8 Mars 1917 (Jean)
Bonne santé après une très bonne traversée.
Salonique, le 23 Mars 1917 (Jean)
Mes très chers,
Je suis arrivé à Salonique depuis deux jours et je pense repartir vers le 28 pour Marseille Ici il fait déjà très chaud et je plains les poilus qui vont passer l'été. Mais je crois qu'en France en ce moment ils ne sont pas à la noce non plus. Enfin espérons que cette année on verra la fin de tout ça.
Salonique, le 24 Mars 1917 (Jean)
Mes chères soeurs,
Je suis arrivée à Salonique à bon port et en bonne santé et je compte repartir pour Marseille vers la fin du mois. Il commence à faire chaud et je plains les poilus qui vont y passer l'été.
Marseille, le 21 Avril 1917 (Jean)
Demain je pars pour le Dahomey et le Sénégal pour au moins deux mois. Quand je reviendrai, si la guerre n'est pas finie, je demanderai une permission que j'irai passer avec vous pour vous embrasser tous.
Paris, le 18 Juin 1917 (Joséphine)
Nous venons de recevoir des nouvelles de Jean, Il arrive au Sénégal, le voyage a duré 50 jours, il en a même attrapé les fièvres, mais maintenant il va bien, et ils vont repartir dans une huitaine, c'est tous ce qu'il nous raconte... Je t'envoie une jolie carte que tu peux conserver: "La dernière demeure de nos pauvres soldats".
La Chapelle, le 13 Août 1917 (Voissant) (Alexandrine)
Il n'y a rien de nouveau, les Bôches ont toujours l'air de ne pas se faire de la bile.
Marseille, le 16 Août 1917 (Jean)
J'arrive du Maroc après une traversée sans problème.
Kénitra, le 4 Septembre 1917 (Jean)
Bonne santé un bonjour au amis et de gros baisers à vous tous de votre frère.
Marseille, le 16 Août 1917 (Jean)
Pour moi ça va toujours et je viens d'arriver du Maroc ou j'ai fais un assez bon voyage, j'espère que tout ça se terminera bien...
Voissant, le 4 Janvier 1918 (Alexandrine)
Que 1918 nous civilise, c'est d'ailleurs le voeu unanime de tous.
Salonique, le 16 Mars 1918 (Jean)
37ème Colonial 22ème compagnie 513 AO
Je suis rentré à l'hôpital pour une oreille qui me fait mal. Je pense que se ne sera pas grand chose. On doit repartir bientôt pour Marseille.
Marseille, le 16 Mai 1918 (Jean)
Nous venons d'arriver à Marseille à bon port et en très bonne santé. La traversée était sans problème par un très beau temps, et pas de sous-marins. J'espère qu'ils nous laisseront longtemps la paix comme il paraît qu'ils vous la laissent en ce moment. je suis très étonné que vous n'ayez pas reçu les deux cartes que je vous ai envoyé de Kénitra. Nous devons repartir dans quelques jours. Je suis très heureux que les Boches vous laissent la paix.
Marseille 14 juin 1918 (Jean).
Marie,
Un bonjour de Marseille de ton frère qui t'embrasse.
Paris, le 25 juillet 1918 (Joséphine)
Ici il y a de la grippe Espagnole, nous n'avons pas de nouvelles de Jean, on a toujours peur pour nos pauvres soldats. Les Bôches reculent mais ça nous coûtera des hommes; enfin c'est bien triste de passer par des choses comme ça.
Nieuport, le 10 7 1918 (Jean).
Chers amis,
La santé est toujours exellante. J'espère que la votre est de même. Je pense bientôt aller en permission et je n'oublirai pas d'aller vous voir.
Voissant, le 22 Août 1918. (Alexandrine)
Hier à 10 heures du soir, nous avons entendu des tirs de barrages au loin, tout le monde attendait les assaillants que l'on a du arrêter car nous nous sommes réveillé dans notre lit sans avoir bougé
Toulon, le 3 Octobre 1918 (Jean)
Mes chères soeurs,
Je viens encore de changer d'adresse à mon arrivée à Marseille, on m'a embarqué sur un bateau qui venait prendre son chargement à Toulon. Nous sommes au moins ici pour 12 jours, ensuite on part à Salonique et notre voyage durera environ 40 jours. J'espère que d'ici là il y aura du nouveau car ça va très très bien pour l'instant.
Le nouveau c'est que la guerre se terminait enfin après quatre années de lutte. Jean est de ceux qui ont eu de la chance. Mais ces terribles moments, il s'en souviendra comme tant d'autre toute se vie; dans ses rêves des images reviennent, il se revoit , seul dans une tranchée avec autour de lui ses camarades qui étaient tous morts.
15:13 Publié dans HISTOIRE DE FRANCE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


